Gestion & pilotage
Retards de paiement et impayés : les leviers de recouvrement d'une TPE, de la relance à l'injonction
Par Marie-France Levy, expert-comptable · Publié le · Mis à jour le
En résumé
Le recouvrement des impayés d'une TPE suit une progression : relance amiable à J+3 puis J+15, mise en demeure par lettre recommandée à J+30 avec pénalités de retard et indemnité forfaitaire de 40 €, injonction de payer devant le tribunal de commerce (procédure simple et peu coûteuse) ou recouvrement par un huissier, et, en dernier ressort, dépréciation de la créance puis passage en perte avec récupération de la TVA. La prévention (acompte, conditions générales, vérification du client) coûte moins que le recouvrement.
Le recouvrement des impayés est un sujet que les dirigeants de TPE traitent trop tard, par gêne ou par manque de temps, alors que chaque semaine de retard réduit les chances de paiement. Les délais de paiement en France dépassent en moyenne les 45 jours légaux, et une TPE lyonnaise qui facture 30 000 € par mois avec 15 jours de retard moyen immobilise 15 000 € de trésorerie. Voici les leviers, du plus doux au plus contraignant, aux règles 2026, et le traitement comptable et fiscal d'une créance qui ne rentre pas.
Prévenir : les mesures qui évitent 80 % des impayés
Vérifier le client avant de travailler : extrait d’immatriculation, comptes déposés, existence de procédures collectives (informations publiques sur le registre du commerce). Un client en redressement ne paiera pas.
Facturer un acompte de 30 % à 50 % à la commande pour toute prestation significative, et des situations intermédiaires pour les missions longues. Un client qui refuse tout acompte donne une information.
Rédiger des conditions générales mentionnant le délai de paiement, le taux des pénalités, l’indemnité de 40 €, la clause de réserve de propriété pour les biens, et les faire accepter (devis signé).
Facturer vite et sans erreur : une facture émise dix jours après la prestation, avec une erreur d’adresse ou de TVA, part avec dix jours de retard et revient contestée. La facturation électronique réduira ces litiges.
Suivre l’encours chaque semaine, avec l’indicateur de délai clients décrit dans les sept indicateurs à suivre chaque mois.
Relancer : la séquence graduée
| Étape | Quand | Forme | Contenu |
|---|---|---|---|
| Rappel courtois | J+3 après l’échéance | Email ou téléphone | Rappel de la facture et de l’échéance, demande de la date de règlement |
| Relance ferme | J+15 | Email avec copie de la facture | Rappel des pénalités de retard et de l’indemnité de 40 € |
| Mise en demeure | J+30 | Lettre recommandée avec accusé de réception | Sommation de payer sous 8 jours, décompte des pénalités et de l’indemnité, annonce des poursuites |
| Action | J+45 | Injonction de payer, huissier ou société de recouvrement | Procédure engagée avec les pièces |
La régularité compte plus que le ton : un client qui sait que vous relancez à J+3 paie avant les autres. Le cabinet intègre les relances automatiques au module de facturation décrit sur la page outils et logiciels.
Les pénalités et l’indemnité forfaitaire
Dès le lendemain de l’échéance, sans mise en demeure, le client professionnel doit des pénalités de retard au taux prévu par vos conditions (au minimum trois fois le taux d’intérêt légal, à défaut le taux directeur de la BCE majoré de dix points) et une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 € par facture, majorée des frais réels sur justificatif. Ces mentions sont obligatoires sur la facture ; leur absence est passible d’une amende. En pratique, les TPE les réclament rarement ; les mentionner dans la relance ferme suffit souvent à obtenir le paiement.
Contraindre : injonction de payer, huissier, recouvrement
L’injonction de payer est la voie la plus efficace pour une créance non contestée : requête au greffe du tribunal de commerce de Lyon (ou du tribunal compétent), ordonnance sans audience, signification par huissier, force exécutoire sans opposition dans le mois. Coût de quelques dizaines d’euros de greffe plus la signification ; procédure possible en ligne.
L’huissier (commissaire de justice) peut être mandaté pour un recouvrement amiable (sommation, négociation) puis forcé après titre exécutoire (saisie sur compte bancaire, saisie-vente). Ses honoraires de recouvrement amiable sont à votre charge ; les frais de recouvrement forcé sont en principe à la charge du débiteur.
La société de recouvrement agit à l’amiable, contre commission sur les sommes récupérées ; elle n’a aucun pouvoir contraignant et ne remplace pas une procédure.
Le référé-provision devant le tribunal de commerce permet d’obtenir rapidement une condamnation provisoire lorsque la créance n’est pas sérieusement contestable.
Pour les entreprises du bâtiment, la retenue de garantie et les situations impayées suivent des règles propres décrites sur la page expert-comptable pour le bâtiment.
Financer : affacturage et cession de créances
L’affacturage transforme les créances en trésorerie immédiate contre une commission ; il convient aux entreprises qui facturent des professionnels solvables avec des délais longs. La cession de créances professionnelles (bordereau Dailly) auprès de la banque joue un rôle similaire dans le cadre d’une ligne de crédit. Ces solutions se comparent au coût du découvert et s’inscrivent dans le plan de trésorerie, décrit dans construire son prévisionnel de trésorerie.
Comptabiliser : créance douteuse, perte, TVA
Une créance dont le recouvrement est compromis (relances infructueuses, procédure engagée, client en difficulté) est classée en créance douteuse et dépréciée à hauteur du risque, ce qui réduit le résultat imposable si le risque est justifié. Une créance définitivement irrécouvrable (liquidation sans dividende, disparition) est passée en perte, et la TVA collectée sur la facture est récupérée en adressant au client un duplicata portant la mention de TVA annulée. Sans ces écritures, l’entreprise paie de l’impôt et de la TVA sur de l’argent qu’elle ne verra jamais ; leur traitement fait partie de la clôture décrite dans lire son bilan en dix minutes.
Les erreurs à éviter
- Attendre 60 jours avant la première relance. Chaque semaine réduit la probabilité de paiement.
- Ne pas mentionner les pénalités et l’indemnité sur les factures : amende et perte d’un levier.
- Continuer à livrer un client en retard : l’encours grossit.
- Passer une créance en perte sans preuve d’irrécouvrabilité : réintégration en contrôle.
- Oublier de récupérer la TVA sur les créances perdues.
Ce que fait le cabinet
Le Cabinet Levy & Associés suit l’encours clients de ses clients chaque mois, paramètre les relances automatiques dans le module de facturation, prépare les dossiers d’injonction de payer, et traite les dépréciations, pertes et récupérations de TVA à la clôture. La mission s’inscrit dans l’expertise comptable à Lyon. Les freelances qui facturent des grands comptes à 60 jours et les entreprises du bâtiment avec leurs situations et retenues de garantie trouveront un complément sur leurs pages.
Questions fréquentes
Quels sont les délais de paiement légaux entre professionnels ?
Par défaut, 30 jours après réception de la marchandise ou exécution de la prestation ; par accord, jusqu'à 60 jours à compter de la date de facture, ou 45 jours fin de mois. Certains secteurs ont des délais dérogatoires. Un délai supérieur est nul et sanctionné d'une amende administrative jusqu'à 75 000 € pour une personne physique et 2 millions d'euros pour une société.
Quelles pénalités peut-on réclamer ?
Des pénalités de retard au taux prévu par les conditions générales (au minimum trois fois le taux d'intérêt légal ; à défaut de mention, le taux de la BCE majoré de dix points), dues de plein droit dès le lendemain de l'échéance sans mise en demeure, et une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement par facture, à laquelle s'ajoutent les frais réels sur justificatif si le recouvrement coûte davantage. Ces mentions doivent figurer sur la facture.
Comment fonctionne l'injonction de payer ?
Une requête déposée au tribunal de commerce (ou judiciaire pour un client particulier), sans audience, avec les pièces (facture, bon de commande, relances, mise en demeure). Le juge rend une ordonnance que vous faites signifier au débiteur par huissier ; sans opposition dans le mois, elle devient exécutoire. Coût : quelques dizaines d'euros de greffe plus la signification. La procédure peut se faire en ligne.
Quand passer une créance en perte ?
Lorsque son irrécouvrabilité est certaine : liquidation judiciaire du client sans dividende, disparition, procédure infructueuse. La perte est déductible et la TVA collectée sur la facture est récupérable, à condition d'adresser au client un duplicata de facture avec la mention de l'annulation de la TVA. Avant ce stade, une créance douteuse est dépréciée, ce qui est également déductible sous conditions.
L'affacturage est-il adapté à une TPE ?
Il consiste à céder ses factures à un factor qui les paie immédiatement (moins une commission et une retenue de garantie) et se charge du recouvrement. Il convient aux entreprises qui facturent des professionnels avec des délais longs et un volume régulier ; son coût (1 % à 3 % du chiffre d'affaires cédé plus des frais) doit être comparé au coût du découvert et du temps de relance. Des offres existent dès quelques dizaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires.
Marie-France Levy
Expert-comptable inscrite au tableau de l'Ordre · Cabinet Levy & Associés, Lyon 6e
Publié le · Mis à jour le
Dans le même dossier
- Gestion & pilotageLes 7 indicateurs de pilotage à suivre chaque mois quand on dirige une TPELire →
- Gestion & pilotageConstruire son prévisionnel de trésorerie : la méthode, avec le modèle du cabinetLire →
- Gestion & pilotageComment lire un bilan en 10 minutes quand on n'est pas comptableLire →
- BTP, artisans & bâtimentLire →
- Freelances, consultants & ITLire →